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Vendredi 27 avril 2012 5 27 /04 /Avr /2012 18:08

nothomb forme de vie

 

L'auteur Amélie Nothomb reçoit un jour une lettre d'un soldat américain depuis le front de Bagdad. Une correspondance va alors démarrer...mais celle-ci va s'avérer étrange car ce soldat est obèse et cherche un curieux réconfort auprès de cet auteur qu'il apprécie. Tout va alors rapidement tourner non plus autour de la guerre mais de l'obésité et le traitement du corps.

Sous l'intitulé "roman", l'auteur se met elle-même en scène dans cette fiction qui semble souvent frôler l'autobiographie. Le genre peut donc être troublant au départ. L'écriture n'est pas non plus uniquement une correspondance. En effet, lettres et narration s'alternent. Cette dernière est faite à la première personne et permet ainsi à l'auteur-narrateur de faire des commentaires sur l'évolution de la correspondance.

Plus que la relation entre les deux personnages, je trouve que le corps occupe une place prépondérante. Le concept de cette oeuvre est intrigant : traiter le rapport du corps, de l'obésité à travers une correspondance d'un soldat avec un écrivain... Nous retrouvons ici l'esprit original et parfois tortueux d'Amélie Nothomb. Ce récit évoque une étonnante représentation concrète et physique du remord. Cela m'a rappeler une autre oeuvre du même auteur, Hygiène de l'assassin où était également traité le rapport particulier avec le corps et l'obésité.

La lecture demeure alors assez captivante car le lecteur se demande vraiment où va mener cette correspondance. En revanche, la fin m'a un peu déçue : l'issue me semble un peu facile et attendue. Je m'attendais à un dénouement plus original. Mais l'oeuvre n'en demeure pas moins intéressante et donne même envie d'écrire à l'auteur...

 

Un petit extrait :

Ce matin-là, je reçus une lettre d'un genre nouveau :

Chère Amélie Nothomb, 

Je suis soldat de 2e classe dans l'armée américaine, mon nom est Melvin Mapple, vous pouvez m'appeler Mel. Je suis posté à Bagdad depuis le début de cette fichue guerre, il y a plus de six ans. Je vous écris parce que je souffre comme un chien.J'ai besoin d'un peu de compréhension et vous, vous me comprendrez, je le sais.

Répondez-moi. J'espère vous lire bientôt.

Melvin Mapple

Bagdad, le 18/12/2008

Je crus d'abord à un canular.A supposer que ce Melvin Mapple existe, avait-il le droit de m'écrire de teles choses ? N'y avait-il pas une censure militaire qui n'eût jamais laissé passer le "fucking" devant "war" ? J'examinai le courrier. Si c'était un faux, l'exécution en était remarquable.[...] Quand je ne doutais plus de l'authenticité de la missive, je fus frappée par la dimension la plus incroyable d'un tel message : s'il n'y avait rien d'étonnant à ce qu'un soldat américain vivant de l'intérieur cette guerre depuis le début "souffre comme un chien", il était hallucinant qu'il me l'écrive à moi.

 

 

Par kti - Publié dans : Contemporains - Communauté : Salon Lecture
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Mercredi 25 avril 2012 3 25 /04 /Avr /2012 23:16

 Une petite "bande dessinée" ou disons plutôt une série de planches, de dessins qui ne se suivent pas vraiment... découverte grâce à Karine (merciiiiii  )

Sans histoire particulilère, le fil conducteur reste l'état d'âme de cette petite "nénette" dans son quotidien le plus intime comme celui de son travail, de ses amis...

A travers un style simple, enlevé et très épuré, l'illustratrice Aude Picault parvient à rendre cette "nénette" attachante et sympathique. Toute nénette que nous sommes, nous parviendrons à nous identifier à elle. Certaines pages traduisent parfois des petites choses que l'on n'ose pas, d'autres vont nous faire sourire et d'autres même rire.

Du coup, une petite recherche sur la Toile...et me voilà sur le site de l'auteure : Aude Picault. J'ai l'impression qu'il est bien le reflet de l'esprit de l'auteure : humour et amusement.

Cette petite lecture découverte ainsi que la visite du site me donne bien envie d'aller voir les autres publications.

Je recommande donc cette lecture qui se veut ponctuelle ou d'une traîte, sur le canapé avec un bon thé et le chat qui ronronne...  Ces petits "Moi je" font passer un bon moment, sourire aux lèvres...

 

Petit aperçu (et d'autres encore sur son site) :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Je trouve qu'une fille qui se lime les ongles a toujours l'air très satisfaite d'elle-même"

 

 

 

"Parfois, j'essaye de penser comme les hommes"

Par kti - Publié dans : Bandes Dessinées - Communauté : Salon Lecture
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Mardi 6 mars 2012 2 06 /03 /Mars /2012 17:27

Mercure : Nom masculin (latin scientifique médiéval mercurius et du latin classique Mercurius nom propre) : métal blanc très brillant, liquide à la température ordinaire.

 

Année 1923. Françoise, une infirmière, est engagée pour aller soigner quotidiennement un homme étrange isolé sur une île, dans une sorte de forteresse. Une fois sur place, elle s'apercevra que ses soins sont en fait destinés à une jeune-fille vivant aux côtés du vieillard mais dont tout le monde ignore la présence. Va suivre alors un jeu singulier entre ces trois personnes : la salvatrice, l'ingénue et le manipulateur. Un lourd et terrible secret est pressenti. L'infirmière le découvrira-t-elle ? Et qu'en fera-t-elle ?

 

C'est donc ici un récit intriguant et parfois malsain, inquiétant que nous livre Amélie Nothomb. L'intrusion de Françoise va venir rompre la relation complexe entre la pupille et son tuteur. Le lecteur sent rapidement le malaise ambiant et s'identifie dans cette tierce personne. C'est elle qui mènera l'intrigue du récit. Le titre énigmatique pendant une bonne partie de l'histoire finira bien sûr par prendre son sens, voire « ses » sens. Sans vouloir trop en révéler, différents thèmes sont finalement abordés à divers degrés : celui du mensonge, de la prison physique mais aussi, voire surtout, mentale, de l'image de soi (référence à Narcisse) et de l'identité, du rêve ou du fantasme quel qu'il soit... Tout cela est abordé à plusieurs niveaux et parfois perceptibles dans de discrets éléments.

Ce fut pour moi une seconde lecture, et celle-ci m'a ainsi permis de percevoir des détails aussi bien dans la narration que dans les dialogues, d'approfondir les personnages et leur personnalité. Ce roman figure parmi ceux que je préfère de Amélie Nothomb : ces fictions toujours tiraillées et empreintes d'atmosphère particulière et propre à l'univers de l'auteur.

 

Extrait :

« Un majordome sans âge conduisit la jeune femme à travers plusieurs pièces obscures. Il lui montra une porte en expliquant : « C'est là. » Puis il tourna les talons. Elle frappa et entendit : « Entrez. » Elle pénétra dans une sorte de fumoir. Un vieux monsieur lui indiqua un siège où elle s'assit. Il lui fallut un certain temps pour s'habituer au manque de lumière et pour mieux voir le visage raviné de son hôte. Lui, à l'inverse, distingua le sien aussitôt.

Mademoiselle Françoise Chavaigne, c'est cela ? demanda sa voix calme et distinguée.

En effet.

Je vous remercie d'être venue aussi vite. Vous ne le regretterez pas.

Il paraît que de nouvelles instructions m'attendent ici avant de vous soigner.

C'est exact. Mais ce n'est pas pour moi que vous venez, en réalité. Si vous m'y autorisez, je préfère commencer par les instructions, ou plutôt par l'instruction, car il n'y en a qu'une : ne pas poser de questions.

Il n'est pas dans ma nature d'en poser.

Je le crois, car votre figure reflète une profonde sagesse. Si je vous surprenais à poser une question autre que strictement utilitaire, vous pourriez ne jamais revoir Noeud (Ndlb : ville d'où vient Françoise, sur la côte). Comprenez-vous ?

Oui. »

 

 

Par kti - Publié dans : Contemporains - Communauté : Salon Lecture
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Mardi 27 décembre 2011 2 27 /12 /Déc /2011 00:37

La jeune Fantine, ne parvenant pas à élever sa fille Cosette, décide de la confier à des aubergistes : les Thénardiers. La petite Cosette sera malheureusement bien maltraitée...Jean Valjean, ancien bagnard, croisera sa route et la sauvera des griffes cupides des Thénardiers. Il s'en occupera comme sa fille, fuyant inlassablement le terrible Javert à ses trousses... Cosette grandira, rencontrera Marius qu'elle épousera, laissant derrière elle son vieux père adoptif ayant accompli sa mission... Voici l'intrigue générale de cette oeuvre fameuse...mais bien d'autres péripéties enrichissent cette histoire.

"Les Misérables" ! J'ai décidé d'attaquer à nouveau ce monstre de la littérature... J'ai choisi cette édition abrégée pour des raisons professionnelles (édition collège assez bien faite avec des questionnaires plutôt fournis et intéressants...) Ce fut donc une relecture, une redécouverte fort agréable. En effet, le style Hugolien très soigné et détaillé pourrait sembler lourd mais pas du tout : la lecture est d'une grande fluidité. Chaque mot est juste et mesuré.

L'intrigue est bien sûr prenante, notamment le fil conducteur de la relation entre Jean Valjean et la petite Cosette sauvée des Thénardiers ainsi que le tragique destin de Fantine. L'édition s'attache un peu moins à Marius et à Gavroche...mais à part l'épisode des barricades, il est vrai que cette partie m'interpelle moins.

Enfin, le réalisme de la narration permet une bonne peinture de la société de l'époque et des caractères humains. De plus, le narrateur extérieur reste très présent et fait de nombreux commentaires quant à ce qu'il raconte. Par celui-ci Hugo s'exprime à propos de ses personnages et surtout sur la condition sociale et politique qu'il décrit.

Une redécouverte qui me fut donc très agréable.

 

Petit extrait :

"Elle fit une douzaine de pas, mais le seau était plein, il était lourd, elle fut forcée de le reposer à terre. Elle respira un instant, puis elle enleva l'anse de nouveau, et se remit à marcher, cette fois un peu plus longtemps. Mais il fallut s'arrêter encore. Après quelques secondes de repos, elle repartit. Elle marchait penchée en avant, la tête baissée, comme une vieille ; le poids du seau tendait et roidissait ses bras maigres ; l'anse de fer achevait d'engourdir et de geler ses petites mains mouillées ; de temps en temps elle était forcée de s'arrêter, et chaque fois qu'elle s'arrêtait l'eau froide qui débordait du seau tombait sur ses jambes nues. Cela se passait au fond d'un bois, la nuit, en hiver, loin de tout regard humain ; c'était un enfant de huit ans. il n'y avait que Dieu en ce moment qui voyait cette chose triste. [...] Elle soufflait avec une sorte de râlement douloureux ; des sanglots lui serraient la gorge, mais ele n'osait pas pleurer, tant elle avait peur de la Thénardier, même loin. C'était son habitude de se figurer toujours que la Thénardier était là. [...] Cette angoisse se mêlait à son épouvante d'être seule dans le bois de la nuit. Elle était harassée de fatigue et n'était pas encore sortie de la forêt. Parvenue près d'un vieux châtaignier qu'elle connaissait, elle fit une dernière halte plus longue que les aures pour se bien reposer, puis elle rassembla toutes ses forces, reprit le seau et se remit à marcher courageusement. Cependant le pauvre petit être désespéré ne put s'empêcher de s'écrier : Ô mon Dieu ! mon Dieu ! En ce moment, elle sentit tout à coup que le seau ne pesait plus rien. Une main, qui lui parut énorme, venait de saisir l'anse et la soulevait vigoureusement. Elle leva la tête. Une grande forme noire, droite et debout, marchait auprès d'elle, dans l'obscurité. C'était un homme qui était arrivé derrière elle et qu'elle n'avait pas entendu venir. Cet homme, sans dire un mot, avait empoigné l'anse du seau qu'elle portait. Il y a des instincts pour toutes les rencontres de la vie. L'enfant n'eut pas peur."

 

Et voici le  film avec Jean Gabin...ma version préférée :

 


Par kti - Publié dans : Classiques - Communauté : Salon Lecture
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Dimanche 23 octobre 2011 7 23 /10 /Oct /2011 22:42

nothomb Comme à chaque rentrée littéraire, Amélie Nothomb nous livre un nouveau roman. Celui-ci intrigue par son titre énigmatique. "Tuer le père" n'est bien sûr pas à prendre au premier degré, connaissant l'esprit original de l'auteur....et en effet, le sens n'est pas explicite au premier abord. En revanche, pas d'inquiétude à avoir : rien de macabre ni de morbide au détour de ces mots.

Le lecteur va se trouver plongé dans une petite famille : un jeune homme perdu, rejeté va être adopté par un maître de la magie et sa femme. Il va grandir, nourrissant de bien étranges sentiments... A vous de découvrir le reste.

Bien sûr, l'univers d'Amélie Nothomb est toujours là, étrange, original et surprenant. Des personnages qui sortent du commun, des liens profonds et touchants. Toutefois, j'ai trouvé le roman plutôt court : le récit s'achève bien mais la narration aurait pu à mon sens être davantage enrichie, développée. La lecture m'a été agréable mais un sentiment de frustration demeure, comme un goût de "trop peu". 

Cela dit, l'intrigue ne laisse pas indifférent et provoque chez le lecteur des sentiments très variés comme la fascination, l'agacement ou encore la curiosité.

 

 

Un petit extrait :

"Le lendemain, vers seize heures, Joe frappa à la porte d'une maison située près de la voie ferrée. Personne ne répondit. Il s'aperçut que ce n'était pas fermé et il entra. Sur le canapé du séjour, un homme dormait, son journal sur la tête. Joe vint enlever le journal et contempla celui qui siestait. Il pouvait avoir trente cinq ans. Ses traits dégageaient une sérénité extrême. [...] Joe se demanda s'il était mort et posa son oreille sur sa poitrine.

- Qui es-tu ? dit celui que ce contact avait réveillé.

- Je suis Joe Whip. Etes-vous Norman Terence ?

- Oui.

L'homme s'assit, s'étira et contempla l'adolescent en fronçant les sourcils.

- La porte n'était pas fermée. Je suis entré.

- Veux-tu un verre de lait ?

- Vous n'avez pas plutôt une bière ?

- Non. Et je vais te chercher ce lait.

Norman revint avec deux verres de lait. Ils burent silencieusement. Joe attendait que l'adulte lui demande ce qu'il voulait. Mais il ne disait rien, comme si n'importe qui avait le droit de venir chez lui sans justification.

- Je veux que vous soyez mon maître, finit par dire Joe.

- Je ne suis, et ne serai le maître de personne."

Par kti - Publié dans : Contemporains - Communauté : Salon Lecture
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